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Exposition Cueco

lundi 02 juillet 2018 09:49 Il y a : 14 jour(s)

Exposition Cueco

Catégorie : Culture - Sport - Tourisme
Exposition Cueco à Sédières

Exposition à Sédières
du 16 juin au 30 septembre 2018
Tous les jours de 10h à 12h30 et 13h30 à 18h


On pourrait croire que peindre des paysages ne sert qu’à représenter le monde, ses changements de lumières, de transparences, de couleurs, de matières, d’odeurs et de reflets.
Que cela ne sert qu’à montrer l’espace et les cheminements du peintre pour y parvenir, soit en cachant ses moyens, supports, coups de pinceaux, soit au contraire en les rendant visibles, perturbateurs ou apaisants pour celui qui regarde dans les formes représentées ce qu’il a déjà vu ou ce qu’il a « cru voir ». On peut aussi penser que l’espace figuré, le paysage, a une fonction symbolique, qu’il cache ou qu’il signifie autre chose que la simple esthétique de ce qu’il représente.

On peut supposer que ces formes familières, ces espaces qui sont exposés à la surface des oeuvres sont aussi des idées, des artifices signifiant plus dans l’esprit de celui qui les compose, que ce que leur banalité ou leur universalité représente dans le ressenti de celui qui les regarde.
Revoir l’oeuvre d’un artiste dans sa durée permet de s’interroger, au gré rétrospectif des ensembles d’oeuvres que l’on appelle les périodes, ces tranches de temporalité qui jalonnent la vie d’un artiste, ses choix, ses moyens, ses variations et ses invariants… Cueco a souvent exposé ses moyens de travail, sa pensée à l’oeuvre, comme un travailleur fier de sa machinerie, tout en refusant qu’elle soit parfaite, comme pour éviter la routine de la virtuosité de ce l’on maîtrise et de ce que l’on sait faire.

Que ce travail, troublant système de représentation évoluant de la brosse large en matière au trait de crayon modulant chaque herbe, chaque feuille tombée, ou branche de châtaigniers ait pu inciter Cueco dans les années 1980 à partager à l’entour de Vigeois et d’Uzerche la question du « Comment regarder le paysage ? » n’est évidemment pas un hasard… Que ce paysage soit justement devenu changeant sous les effets de l’agriculture intensive qui se mettait en place, non plus. L’association Pays-paysage qui naquit de ces questionnements à partir d’Uzerche reposait sur le fait que le mot paysage n’existe pas en occitan. On dit païs (pays). L’objet était de faire se croiser les regards de chacun, agriculteurs, ou habitants, musiciens, artistes ou scientifiques invités. Que cela ait bien entendu ancré Cueco plus encore dans son « pays », dans les bois où poussaient encore quelques « vrais » champignons et quelques girolles aussi, n’est pas douteux et il y vivait avec Marinette, plusieurs mois par an.

L’indignation envers ces changements irraisonnés ou bien trop raisonnés de l’écosystème économique comme biologique et culturel des paysages, la conscience d’un patrimoine naturel et vital en train de se perdre lui semblaient aussi importants et inséparables que la notion de milieu culturel au développement duquel il a toujours participé par ses oeuvres et ses écrits. Que cette même terre ait pu pendant la guerre cacher des hommes et femmes, résistants, réfractaires lui faisait croire à une certaine mythologie du paysage, sorte de Far-West honorable et toujours vert, légendaire et occitan, riche de héros anonymes restés agriculteurs ou vétérinaires engagés, militants de la cause humaniste et soucieux du bien commun, à laquelle chacun peut participer.

Est-ce cette conscience du paysage en mouvement qui motivera dans certaines oeuvres les séquences de répétition, la multiplication de « petits cinémas » ? Faits de petites peintures assemblées, ils forment une manière de récit en faisant coïncider multiplication d’espaces et unité du temps. De même les vues et matières quotidiennes de ciels, peintes sur les ardoises tombées du toit de l’atelier, transforment les humeurs météo et chronologiques d’une même saison en un grand « journal du ciel » empreint d’une poésie que le regard peut embrasser d’un seul mouvement panoramique. Quand la maladie de la mémoire dégrada la « connaissance » de Cueco, au point pour lui de ne plus savoir ni pouvoir nommer, écrire et réagir aux faits et aux gens comme il l’avait toujours fait avec attention, il resta capable de dessiner, de se retrouver une écriture du paysage, des touffes d’herbes, des chemins de l’atelier, des ombelles de carottes sauvages qu’il n’avait plus peints depuis les grands papiers des années 1980. Ernest Pignon Ernest, ami et camarade de connivences et de convictions visitant l’atelier où s’exposaient ces encres aux traits noirs sur toile blanche, comme des gravures sans gris médian, expliqua que Cueco avait réussi quelque chose de rare en ne dessinant pas les herbes elles-mêmes, leurs formes et leurs contours, mais la lumière qui les révèle, qui fait circuler le regard et en permet la perception.

Ce travail ultime constitua pour ses proches, un retour paradoxal et troublant d’une mémoire pourtant de plus en plus lointaine, faisant remonter à la surface une finesse et une acuité de l’expression dont nous sommes désormais privés.


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